3. Les particularités du fonctionnement de la personne autiste (fr)

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a. Un point sur les particularités chimiques :

Ocytocine et adrénaline

On a mis en cause l’ocytocine, expliquant que les individus autistes n’en produisaient pas assez. C’est là où les choses se compliquent. Oui, il y a un « déficit » d’ocytocine. Puisqu’il y a déficit social, il y a moins de production d’ocytocine. Puisqu’il y a moins de production d’ocytocine, il y a déficit social.

L’ocytocine est bien connue. Elle joue un rôle essentiel dans l’accouchement, où le corps, lorsque l’accouchement est naturel est drogué par l’ocytocine naturelle. Elle provoque les contractions utérines, qui par la douleur qu’elles provoquent font naître les endorphines qui servent elles d’anesthésiant, et elle est l’hormone de l’attachement qui pousse la mère à s’attacher à son bébé. En l’absence de drogues médicales, l’accouchement est le cas où la production d’ocytocine naturelle est la plus élevée. La mère est comme droguée. Ceci, durant l’accouchement, a pour effet de mettre la mère dans un état d’auto-hypnose, qui l’endort à moitié et surtout lui empêche toute activité intellectuelle. Si l’on pose des questions rationnelles à la mère pendant l’accouchement, la production d’ocytocine/endorphine, qui va de pair, sera rompu, et la douleur augmentera. En d’autres termes, l’ocytocine, naturellement produite par le corps humain pendant l’accouchement, permet d’amoindrir la douleur mais, à la fois, induit le travail et sa progression, elle concentre ainsi le cerveau sur le seul élément important : l’accouchement. En même temps, elle est l’hormone qui fera que la mère s’attachera à son enfant.

http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC1595040/

In the last month of pregnancy, the cervix softens and ripens like a piece of fruit. Contractions of the uterus become noticeable, and the baby settles into the pelvis. The contractions become stronger, the cervix stretches and opens, and the baby moves lower and rotates, eventually moving down the birth canal. With each contraction, pain sends a signal to the brain and oxytocin is released. With the release of oxytocin, the contractions increase in intensity. As the pain of contractions increases, more oxytocin is released and the contractions become harder.

The pain of labor is what most women worry about. It is important to understand that the pain of the contractions in labor is valuable. It is an important way in which nature actually helps women find their own ways of facilitating birth. In a very real sense, the pain of each contraction becomes a guide for the laboring woman. The positions and activities she chooses in response to what she feels actually help labor progress by increasing the strength and efficiency of the contractions and encouraging the baby to settle in and move down the birth canal. When the pain is entirely removed, the feedback system is disrupted and labor is likely to slow down and become less efficient. As labor progresses and pain increases, endorphins (much more potent than morphine) are released in increasing amounts. The result is a decrease in pain perception, quite naturally. Nature’s narcotic! The rising level of endorphins also contributes to a shift from a thinking, rational mind-set to a more instinctive one. Endorphins create a dream-like state, which actually helps women manage the tasks of birthing. Inner experiences become more important than the external environment. As labor progresses and the pain of labor increases, women “go into themselves,” become much less aware and, at the same time, much more focused on the work of labor, and are able to tap into an inner wisdom.

L’hormone contraire, qui peut d’ailleurs arrêter net un accouchement, est l’adrénaline (épinephrine en anglais), l’hormone de la peur. On dit que l’ocytocine est la pédale d’accélération, tandis que l’adrénaline est la pédale de frein. Les deux ne fonctionnent pas ensemble. Si raison d’avoir peur il y a, impossible de dé-rationnaliser. L’exigence absolue pour une bonne production d’ocytocine est l’intimité. L’adrénaline, par ailleurs, joue un rôle dans l’accouchement normal, en réveillant la mère de son auto-hypnose juste avant la délivrance. C’est pourquoi les mères « ont peur » avant que l’enfant ne sorte, et c’est ce même coup d’adrénaline qui les force à pousser l’enfant dehors.

 

Sérotonine et mélatonine

La sérotonine a été remarqué chez certains autistes. Environ un tiers des autistes ont des taux élevés de sérotonine dans les plaquettes sanguines. La sérotonine est un neurotransmetteur, transformé à partir du tryptophane, un acide aminé essentiel contenu dans les protéines.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Tryptophane
http://fr.wikipedia.org/wiki/Acide_aminé_essentiel
http://fr.wikipedia.org/wiki/Protéine

La production de la sérotonine dans le cerveau varie directement en fonction du transport du tryptophane dans le cerveau (au travers de la barrière hémato-encéphalique). Le taux de transport est lui-même inversement proportionnel aux concentrations des autres grands acides aminés neutres (leucine, isoleucine, valine, tyrosine, phénylalanine) qui lui font compétition à l’entrée du cerveau. Les concentrations de ces derniers, enfin, varient en fonction de la proportion en glucides et en protéines consommées. C’est ainsi que la consommation de sucre ou de repas sucrés aura pour effet d’augmenter indirectement les concentrations de tryptophane dans le cerveau, tandis qu’un aliment très protéiné (qui, paradoxalement, contient plus de tous les acides aminés, y compris le tryptophane), aura pour effet de diminuer les concentrations cérébrales de tryptophane et, probablement, de sérotonine.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Sérotonine

Des taux bas de sérotonine sont liés à la dépression, et à l’impulsivité sociale ou l’agressivité (le syndrome du ventre vide), et des taux élevés de sérotonine plaquettaire sont impliqués notamment dans les allergies et la migraine. La sérotonine, comme neurotransmetteur, apporte les informations des fibres du systèmes nerveux aux neurones. Elle joue également un rôle dans le sommeil, puisque sous l’effet de la diminution de la lumière, elle se transforme en mélatonine, hormone du sommeil, et hormone globalement déficitaire chez les autistes, qui dorment peu.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Mélatonine

http://www.anst.uu.se/abduahma/Saxlemxane/Autism/Melatonin.autism.Melke.pdf

Il est difficile de dire pourquoi les autistes ont un taux de sérotonine plaquettaire plus élevé, et si les conséquences sont à peu près connues, elles ne sont pas certaines.
Un taux de sérotonine élevé peut être lié à une préférence alimentaire pour les aliments contenant du tryptophane, une très efficace absorption du tryptophane, un besoin plus important en tryptophane, ou au contraire un besoin moins important en tryptophane, une efficacité plus grande ou moins grande des récepteurs de la sérotonine dans le cerveau. (plus grande : ils rejettent plus de sérotonine car une petite dose suffit, et moins grande : ils ont besoin de plus de sérotonine pour envoyer la même information). Cela peut-être également lié à une sensibilité sensorielle plus grande (plus d’informations sont envoyées, donc plus de sérotonine est nécessaire) comme cela peut être la cause ou l’un des cause d’une sensibilité sensorielle plus importante ; et cela peut aussi être dû à une transformation moindre de la sérotonine en mélatonine. Toutes ces raisons peuvent aussi aller de pair.
Les deux derniers éléments sont les plus plausibles, compte tenu de la sensibilité sensorielle élevée des autistes, et de leur taux bas en mélatonine. Mais encore une fois, sont-ils hypersensibles à cause de leur transformation moindre de sérotonine en mélatonine ? Ou est-ce parce qu’ils sont hypersensibles qu’ils transforment moins de sérotonine en mélatonine ?

Ces particularités ne sont pas les causes de l’autisme, mais son observation méchanico-chimique.

Bien sûr, il y a un lien entre ces éléments, mais de là à savoir comment ils s’organisent ensemble, ce qui les lient ensemble et pourquoi…

De même, la dépression est-elle liée au taux bas de sérotonine, comme on le dit, ou est-ce la dépression (donc une impulsion psychique, ou liée à d’autres phénomènes), qui induit le taux bas en sérotonine ? Et si la sérotonine artificielle (les anti-dépresseurs) change effectivement l’aspect visible dépressif, joue-t-elle un rôle sur les autres éléments ?

Concernant la sérotonine/tryptophane : certains parents d’enfants autistes, et certains autistes rapportent qu’ils ont le sentiment que leur condition hypersensible « s’améliore » un peu s’ils cessent de consommer des produits laitiers et/ou du gluten. Si l’on suit la piste de la sérotonine, et non d’une allergie, qui est fréquemment suspectée, il est important de considérer le tableau suivant, que vous pouvez télécharger ici (format .pdf). En effet, ce ne serait pas les produits laitiers en eux-mêmes, ou le gluten, qui serait problématique, mais la teneur élevée en tryptophane par apports aux autres acides aminés dans la majorité de ces produits. Ceci ne concerne pas le yaourt par exemple, dont le taux de tryptophane est très bas, mais cela concerne bien le soja, qui est souvent utilisé en remplacement, et dont le taux de tryptophane est très haut. Ces particularités peuvent expliquer pourquoi l’intolérance au produits laitiers et/ou au gluten semble bien souvent incertaine. Il semble que ces modifications alimentaires puisse jouer aussi un rôle dans certaines maladies de la peau

Pour l’ocytocine, c’est la même chose. Il semble qu’un grand nombre d’autistes aient un niveau d’adrénaline élevé, et un niveau d’ocytocine globalement bas. Tout cela ne concerne toujours qu’un petit nombre d’autistes, et tout cela ne fait pas l’autisme. On a testé les sprays d’ocytocine sur les autistes, avec un petit effet positif, mais sans que cela « enlève » l’autisme. L’autiste est sans doute moins « stréssé », moins sous adrénaline, un peu « shooté », et du coup un peu plus social, mais l’autisme est toujours là. De plus, l’ocytocine est une hormone qui induit l’initiation d’un comportement social, mais pas son maintien. Les autistes qui ont pris ces sprays sont donc drogués pour un laps de temps court, et, soi-dit en passant, les conséquences à long terme ne sont pas évaluées, j’ai pour intuition personnelle que ces sprays sont dangereux pour les autistes, il est à mon avis risqué de jouer à l’apprenti sorcier avec un système d’hormone justement différent du système dit normal. Notons que l’alcool aussi a longtemps été vendu pour ses effets inhibiteurs… Le prétendu manque d’ocytocine n’est pas la cause de l’autisme, elle en est un symptôme (parmi d’autres) ou une observation. Tout ceci sans oublier que l’ocytocine est aussi l’hormone de l’aveuglement social, et que de plus en plus, les effets collatéraux de l’hormone sont démontrés.

http://www.sciencedaily.com/releases/2012/05/120519213236.htm
To assess the impact of oxytocin on the brain function, Gordon and her team conducted a first-of-its-kind, double-blind, placebo-controlled study on children and adolescents aged 7 to 18 with ASD. The team members gave the children a single dose of oxytocin in a nasal spray and used functional magnetic resonance brain imaging to observe its effect.
The team found that oxytocin increased activations in brain regions known to process social information. Gordon said these brain activations were linked to tasks involving multiple social information processing routes, such as seeing, hearing, and processing information relevant to understanding other people.

http://www.scientificamerican.com/article.cfm?id=oxytocin-hormone

C’est pourquoi là où la science patauge, il faut sans doute redonner une place à la voix des autistes eux-mêmes…

 

b. Une sensorialité envahissante

L’autisme décrit par les autistes, si les questions ne sont pas destinées à les faire réfléchir sur d’autres aspects, c’est avant tout une sensorialité envahissante. Cet aspect n’est qu’un élément dans le diagnostic, justement parce que, vu de l’extérieur, cela ne se perçoit pas, et l’autisme semble être tout à fait autre chose. Le problème est bien souvent que les gens qui travaillent sur l’autisme ne le vivent pas eux-mêmes, et ils écrivent des pages sur les éléments qu’ils perçoivent de l’extérieur et parfois ceux qui les embêtent eux : manque de contact social, évitement du regard, irritabilité, parfois agressivité, non-communication des émotions, etc. Bien souvent, ils orientent les autistes à penser que ce sont ces éléments qui sont la cause du problème parce que eux, en toute bonne foi, le croie sincèrement, et ils ont l’impression un peu inavouée que les autistes ne sont pas capables de savoir mieux, surtout s’ils travaillent avec des enfants et/ou des autistes déficient mentaux, ce qui est souvent le cas. Pour les adultes à intelligence normale, c’est un peu comme si le médecin vous disait où vous avez mal. La sensorialité envahissante est prise en compte, mais comme un problème parmi d’autres.

Pour l’autiste, et surtout pour l’enfant, il n’est déjà pas évident de faire la différence, car toute perception du monde est faite à travers les sens, alors si on leur dit que cette particularité n’a pas grande importance, il est probable que beaucoup d’individus soit à même de vous croire. Cependant quand les autistes parlent, il ne faut généralement pas longtemps avant qu’ils fassent part de telle ou telle particularité sensorielle qui leur rend la vie difficile, et qui est source d’anxiété.

Sensorialité envahissante. Imaginez que vous entendez tous les sons à travers un amplificateur, que toutes les lumières et les couleurs vives vous font le même effet que lorsque vous avez la migraine, que les odeurs sont comme des aiguilles qui vous traversent le corps, et que chaque étoffe qui vous frôle vous donne des frissons dans tous le corps ?

Vous rendriez vous dans une ville, pleine de bruits de voiture, de motocycles, d’odeurs, et de lumières de phares, de lampadaires, d’enseignes clignotantes ? Vous rendriez-vous dans un centre commercial ? Dans un cinéma ? Dans une école ? Seriez-vous au volant d’une voiture ? Dans un bus ? Dans un restaurant ?

Si quand bien même vous deviez faire tout cela, auriez-vous encore la force pour parler aux gens qui vous entourent ? Soutenir une conversation ? Ne seriez-vous pas concentré sur votre douleur ? Dans une sorte d’auto-hypnose ?

Le balancement pour déconnecter ses sens

Il a été montré que le balancement, typique de certains autistes, mais encore le fait de tourner en rond ou d’effectuer des mouvements de rotation ou de balancement quelconque (même de les regarder)*, typique de presque tous les autistes joue un rôle sur le système vestibulaire (Ray et al. (1988)). Cela n’est pas étonnant, car il est bien connu que l’oreille interne et l’équilibre sont liés. Mon hypothèse est que par ce biais, les autistes désactivent ou au moins tentent de désactiver leur hypersensorialité. C’est aussi d’instinct, ce que l’on fait lorsque l’on est confronté à une douleur intense sans médication. On se balance pour endormir notre système sensoriel qui est en surdosage (la douleur physique est une sorte de surdosage du système nerveux du toucher, au même titre que la surdose du système auditif, visuel ou olfactif chez les autistes): c’est de l’auto hypnose. On déconnecte nos sens.

C’est le même principe chez les bébés, qui ont souvent besoin d’être balancés pour “se déconnecter” et s’endormir. Ce n’est pas, comme le veulent les psychiatres, parce qu’ils aiment se rappeler le moment où ils étaient dans le ventre… (Merci de noter qu’ils disent la même chose des autistes…).

*Certains autistes ne se balancent pas (ou équivalent), mais ils chantonnent la même musique par exemple, ou effectuent une répétition sensorielle équivalente. Il s’agit bien du même procédé.

C’est pourtant l’idée inverse que l’on cultive. Il est souvent dit que les autistes ont ce type de comportement sans doute pour stimuler leur sensorialité (mais qui aurait osé dire cela concernant les bébés?), et certaines thérapies tentent de sur-stimuler les autistes, partant du principe que leur hypersensibilité est due à un manque de stimulation!

http://www.asperansa.org/prob_sensoriels.html#sps (texte de Temple Grandin traduit en francais)

Les études sur les animaux et les humains montrent que la restriction de l’entrée sensorielle rend le système nerveux central excessivement sensible à la stimulation. Les effets de restrictions sensorielles survenant très tôt sont souvent durables. Le fait de placer une petite ventouse sur l’avant-bras d’une personne pendant une semaine afin de bloquer ses sensations tactiles rendra plus sensible le secteur correspondant de son bras opposé (Aftanas et Zubeck 1964). Les chiots élevés dans des chenils stériles deviennent hyper excitable, et leurs ondes cérébrales (EEG) montraient toujours des signes d’hyper éveil six mois après qu’ils aient été retirés du chenil (Melzack et Burns 1965). Les ondes cérébrales des enfants autistes montrent également des signes d’éveil élevé (Hutt et al. 1965). Tailler les moustaches de bébés-rats rendra les parties du cerveau qui reçoivent les sensations de ces moustaches excessivement sensibles (Simon et Land 1987). Cette anomalie est relativement permanente. Ces secteurs de leur cerveau étaient toujours anormaux après que les moustaches aient repoussé.
Peut-être serait-il bénéfique que les bébés autistes soient doucement caressés et « apprivoisés » lorsqu’ils se raidissent et se retirent. Je me demande souvent si j’avais reçu davantage de stimulations tactiles en tant qu’enfant, si j’aurais été moins « nerveuse » une fois adulte. Manipuler des bébés-rats produit des adultes plus calmes, et qui sont mieux disposés à explorer un labyrinthe (Denenberg et al. 1962 ; Ehrlich 1959). La stimulation tactile est essentielle pour les bébés, et les aide dans leur développement.

Mon avis est exactement le contraire, et il est important de souligner que ces études et ces idées datent d’une époque où l’on envisageait des raisons psychologiques à l’autisme, notamment une mère trop distante. Ces raisons ont depuis été totalement discréditées, et, étant donné les ravages que ce type d’approche a fait sur les familles il est important de le rappeler. Cette approche de la sensorialité autistique et elle-même à mon avis dangereuse. Le fait de couper les moustaches d’une souris ne prouve en rien que cela lui envoie moins d’informations (et donc une stimulation moindre) au départ. Ceci est grotesque. Le problème des chiens surexcités après une vie en chenil stérile est aussi, évidement multi factoriel. Si l’on enlevait un enfant humain dit normal à sa mère, pour le placer dans une institution stérile (mais que signifie stérile ? Un chenil n’est pas stérile de stimulations auditives par exemple…), les conséquences dramatiques seraient évidentes, et bien sûr, elles pourraient, sous certains aspects se rapprocher d’un comportement autistique qui est lui-même, dans certains points, un comportement de réaction à la souffrance. Maltraiter un animal pour obtenir de lui des comportements autistiques ne prouve rien quant à leur cause. De même, les enfants peuvent s’habituer à tout, sans que cela signifie que cela leur fasse du bien.

Assurément les bébés autistes ont besoin de stimulations sensorielles, et surtout de la part de leur famille proche. C’est une évidence. Mais ce dont ils n’ont pas besoin, ce sont les changements constants de ces stimulations, les bruits de la ville, les lumières brutales, les couleurs criardes des jouets aux matières insupportables (fibre polaire, plastique), les jouets enrobés d’une odeur chimique, les parfums d’intérieurs, les odeurs de produits ménagers, plus tard l’école, etc.

L’autiste, un homme sauvage

Il va de soi que le type de perception décrit plus haut puisse être celle d’un animal sauvage confronté à une ville humaine dite moderne. Il va même de soi qu’un cheval domestique puisse être effrayé par une voiture, une lumière, un son, et même qu’il puisse être stressé par le monde moderne. Il va également de soi que le cheval, ou encore mieux, que quelqu’animal sauvage soit plus à l’aise dans le calme d’une prairie ou d’une forêt.
L’hyperacousie du cheval, lié à un instinct de fuite, est même utilisé lors des courses hippiques.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Hyperacousie#Causes

http://onrefaitlescourses.rtl.fr/bruits-ecuries/editos/7740240671/de-l-utilisation-du-debouche-oreilles
http://membres.multimania.fr/hippodromebarika/lexique.htm

Bouchons d’oreilles : Boule de liège placée dans les oreilles des chevaux lors des courses de trot attelé. Le driver peut déboucher les oreilles de son cheval en tirant sur des cordes reliées à ces derniers. Ceci a, en général, pour effet de faire accélérer le cheval lors du sprint final.

Temple Grandin utilise la même image du cheval sauvage:

Ma réaction au contact était comme celle d’un cheval sauvage hésitant et battant en retraite. Les réactions d’un enfant autiste au toucher et celle d’un cheval sauvage peuvent être semblables.

La sensorialité de l’être humain : la main qui voit.

Par contre, pour l’être humain, personne ne comprends plus rien. Il nous a été expliqué que les sens humains étaient mauvais, qu’ils les avaient plus ou moins perdus dans sa course à l’évolution, et que, si restes il y avait, c’était la preuve d’un état primitif.
En même temps, il est expliqué que le développement des capacités de la main a joué un rôle clé, pour ne pas dire « est la cause de » l’évolution de l’homme.

C’est là un beau paradoxe. L’un des sens de l’être humain est extrêmement développé: le toucher. La peau nue, qui est une caractéristique humaine, en tout cas sur la terre ferme (et en dehors des races de chiens et chats nus, qui sont créées), est extrêmement sensible. Je pense que chacun d’entre nous a fait l’expérience de se vêtir de gants, qui même très fins engendrent un handicap considérable. Chacun a fait l’expérience de se mouvoir dans l’obscurité en faisant confiance à ses mains, capables, sans aucune hésitation, de nous dire où se trouve notre lit, s’il est normal, mouillé, anormalement chaud, ou froid, s’il s’y trouve un serpent ou un insecte. Cela sans aucune lumière, sans aucun mouvement, sans aucun son. Mais si vous faites l’expérience avec des gants, vous serez moins rassurés…
La sensibilité unique de notre peau, nous rend certes possible la création d’outils avec nos mains, mais surtout, elle est un moyen incomparable de communication avec le monde extérieur, et de prise d’informations.
La peau sera ainsi capable de vous dire, même dans le noir, et avec un minimum de connaissances, si un fruit est mûr ou pourri, s’il pleut ou même si le temps est humide, mais surtout ce que, et vraiment exactement ce que vous touchez. N’importe qui est capable de reconnaître une forme géométrique avec ses doigts, ou encore des objets modernes complexes. En réalité, presque où que vous soyez, en ce qui concerne votre orientation dans l’espace proche, vous pouvez compter sur le toucher. On peut même presque dire que la main voit, parce que, enfant, nous avons touché à tout, et même porté les objets à notre bouche pour plus de sensibilité, nous n’avons, adultes, plus besoin de toucher pour connaître les différents objets qui nous entourent, ils sont enregistrés, exactement comme un chien enregistre un large répertoire d’odeurs.

Les sens supplémentaires ne sont donc pas directement utilisés pour l’orientation dans l’espace proche, contrairement à de nombreux animaux. Nos mains sont tellement sensibles que l’on ne touchera pas un objet qui nous répugne, car toucher, c’est presque comme manger. De nombreux animaux utilisent d’autres sens pour communiquer avec l’espace proche, notamment l’odorat, ou la vue pour les mouches, et ainsi, il est aisé de comprendre que ce dernier n’est pas « primitif », il est simplement un élément nécessaire à la communication directe avec l’extérieur, élément dont nous n’avons pas besoin. Chez l’homme, les autres sens sont plutôt utilisés pour communiquer avec le monde hors de portée, à plusieurs échelle. L’odorat, comme le toucher, permet de communiquer avec le monde relativement proche. Entendons par cela qu’il n’est utilisable que dans l’atmosphère terrestre. L’ouïe est un peu entre les deux, mais elle aussi n’est utilisable que dans l’atmosphère, et la vue est capable de capter des ondes d’objets extrêmement lointain. Ainsi, il est tout à fait compréhensible qu’en l’absence d’un certain tri, les sens devraient être saturés, puisqu’ils captent des éléments infinis. Heureusement, dit-on, nos sens ne sont pas si bons…

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