3. Frontière espèces et races (fr)

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La frontière entre espèces et races semble de plus en plus mince.

Citons Wikipédia (qui me semble l’outil moderne le plus approprié, et le plus facile à vérifier pour tout un chacun):
La définition la plus communément citée est celle du concept biologique de l’espèce énoncé par Ernst Mayr (1942) : « les espèces sont des groupes de populations naturelles, effectivement ou potentiellement inter-fécondes, qui sont génétiquement isolées d’autres groupes similaires ». À cette définition, il a ensuite été rajouté que cette espèce doit pouvoir engendrer une progéniture viable et féconde. Ainsi, l’espèce est la plus grande unité de population au sein de laquelle le flux génétique est possible dans des conditions naturelles, les individus d’une même espèce étant génétiquement isolés d’autres ensembles équivalents du point de vue reproductif.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Espèce

La définition de la race, ou sous-espèce, est la suivante:
Au sein d’une espèce donnée, une sous-espèce consiste en un groupe d’individus qui se trouvent isolés (pour des raisons géographiques, écologiques, anatomiques ou organoleptiques) et qui évoluent en dehors du courant génétique de l’espèce de référence. Au bout d’un certain temps, ce groupe d’individus prend des caractéristiques spécifiques qui le différencient de l’espèce de référence. Ces caractères peuvent être nouveaux (apparition suite à une mutation par exemple) ou être la fixation d’une caractéristique variable chez l’espèce de référence. Des sous-espèces différentes ont souvent la possibilité de se reproduire entre elles, car leurs différences ne sont pas (encore) suffisamment marquées pour constituer une barrière reproductive.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Sous-espèce

Si la différence entre espèce et sous-espèce semble être la possibilité ou non d’inter-fécondation, on se permettra dans la foulée de remettre en doute quelques « savoirs » bien acquis.
Les espèces ne se mélangent pas à l’état naturel, mais peuvent le faire à l’état domestique, ou sous la contrainte. Contrainte engendrée par l’homme, ou par un manque de choix. Observons la fertilité de leurs hybrides.

a. Le cas du Grolar, ou Pizzly

Citons par exemple des cas récents de mélange entre oursons polaires et grizzlis, deux espèces d’ours différentes. Ces ours des hybrides se sont mélangés à l’état naturel car les grizzlis se déplacent sur le territoire de l’ours polaire du fait de la fonte des glaces. Si l’on suit stricto sensu se la définition de l’espèce, ces hybrides devraient être stériles. Si tous les cas ne sont évidemment pas étudiés, l’on a des preuves concernant la fertilité de ceux-ci, en tout cas de la fertilité des femelles hybrides, ce qui est aussi plus facile à vérifier (présence ou non de petit: accouplement réussi).
Le premier hybride de seconde génération a ainsi été mis en évidence par des tests ADN en avril 2010. Voici un extrait de l’article de CBC news du 30 avril 2010.
(Pour lire l’article entier veuillez vous en reporter au lien qui le suit.)

Bear shot in N.W.T. was grizzly-polar hybrid
Could be first 2nd generation hybrid found in wild

Last Updated: Friday, April 30, 2010 | 6:53 PM CT CBC News

« Biologists in the Northwest Territories have confirmed that an unusual-looking bear shot earlier this month near Ulukhaktok, N.W.T., was a rare hybrid grizzly-polar bear. »
(…)
« Wildlife DNA analysis shows the bear was a second-generation hybrid, officials with the N.W.T. Environment and Natural Resources Department said in a news release Friday.
The bear was the result of a female grizzly-polar hybrid mating with a male grizzly bear, according to the department. »

http://www.cbc.ca/news/canada/north/story/2010/04/30/nwt-grolar-bear.html?ref=rss

Plus connus, on ne se pose même plus la question des hybrides fertiles du cochon et du sanglier appelé aussi le cochonglier ou sanglochon, où le mélange du chien et du loup, qui a même donné la race de chien-loup tchécoslovaque ou du chien de loup de saarlos.

Alors, cochons et sangliers, si la définition est prise au pied de la lettre, espèces ou races ? Chien et loup, espèces ou races ? De nombreux exemples peuvent être ajoutés à cela.

b. Le cas du Tigron et du Ligre.

Un exemple étonnant et particulièrement intéressant pour notre étude est celui du mélange du tigre du lion.
Le tigron en est un hybride issu du croisement artificiel d’un tigre et du lionne.
Le ligre quant à lui et l’hybride issu du croisement artificiel d’un lion et d’une tigresse.

Le tigron et le ligre sont des produits bien différents, mais relativement fixes:
Par la taille, le tigron ne dépasse pas ses parents. Il peut avoir des taches (gènes du lion) et des stries. Sa crinière sera plus courte que celle du lion.
Le ligre est, quant à lui, le plus grand de tous les félins. Il peut peser plus de 400 kg, c’est-à-dire le poids de ses 2 parents réunis. Son pelage est roux clair avec des ocelles et sa crinière est courte.
Nous étudierons en temps voulu les raisons de ces différences majeures, et leurs conséquences, car cet exemple nous suivra tout au long de ce chapitre. Intéressons-nous en attendant à leur fertilité :

Citation de Wikipédia:

The fertility of hybrid big cat females is well documented across a number of different hybrids. This is in accordance with Haldane’s rule: in hybrids of animals whose sex is determined by sex chromosomes, if one sex is absent, rare or sterile, it is the heterogametic sex (the one with two different sex chromosomes e.g. X and Y).
According to Wild Cats of the World (1975) by C. A. W. Guggisberg, ligers and tiglons were long thought to be sterile: In 1943, a fifteen-year-old hybrid between a lion and an ‘Island’ tiger was successfully mated with a lion at the Munich Hellabrunn Zoo. The female cub, though of delicate health, was raised to adulthood.[8]

http://en.wikipedia.org/wiki/Liger

Ces hybrides peuvent donc êtres fertiles, mais encore une fois, seules les femelles le sont alors, les mâles restant dans un état intermédiaire de développement, qui ne les amènent jamais à une puberté fertile. Les femelles ligre ou tigron peuvent donc, non pas être croisée avec un mâle ligre ou tigron (ce qui ferait de ces hybrides une espèce à par entière), mais avec un tigre ou un lion.

On remarque avec ces exemples, que la limite entre espèce et race paraît bien pâle, et que les croisements inter-espèces sont bien souvent contre-nature (pas instinctifs, mais forcés par l’homme, le manque de choix, ou la domestication), mais possibles. Les hybrides issus de ces croisements sont même, soit tout à fait ou relativement fertiles (cochonglier, chien-loup tchécoslovaque ou chien de Saarlos), soit à moitié fertiles (seule la femelle l’est, et elle peut se reproduire avec un mâle d’une des espèces dont elle est issue).
Ceci n’est pas essentiel pour notre étude, donc nous n’en ferons qu’une petite note, mais disons quand même que la piste des chromosomes semble être meilleure pour expliquer un mélange fertile, infertile, ou stérile. En règle générale, les hybrides seront dans tous les cas moins fertiles que leurs parents.

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